Le terrain de Ray-Mont Logistique

Parmi les projets qui menacent les espaces libres et la qualité de vie des habitant.e.s d’Hochelaga-Maisonneuve, la plateforme logistique intermodale de Ray-Mont Logistiques est l’un des plus inquiétants. Qualifié de véritable catastrophe pour les résident.e.s par le PDG de l’entreprise, le projet consiste en l’implantation de l’une des plus grandes plateformes de transbordement de marchandises en Amérique du Nord à une centaine de mètres de maisons, coopératives d’habitation et d’un CHSLD.

En activité 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, elle vise le transbordement de 100 wagons de train dans des conteneurs maritimes chaque jour, impliquant 1000 déplacements de camions par jour et l’entreposage de 10 000 à 15 000 conteneurs sur le site. Les bruits, vibrations, poussières, lumières, vermines et îlot de chaleur sont les principales nuisances annoncées.  


C’est en 2016, que la partie du terrain vague qui appartenait anciennement à la Canadian Steel a été vendue à l’entreprise Ray-Mont Logisitiques (RML) dans le but d’y installer une immense plateforme intermodale permettant le transbordement de marchandises et l’entreposage de conteneurs. 

En activité 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, elle projette de pouvoir transborder 100 wagons de train dans des conteneurs maritimes chaque jour, ce qui impliquera 1000 déplacements de camions quotidiennement, et engendra bruits, vibrations, poussières, lumières, en plus d’attirer la vermine. 10 000 à 15 000 conteneurs seraient entreposés sur le site. Cette capacité à traiter 100 wagons par jour en ferait l’une des plus importantes plateformes de transbordement de marchandises en Amérique du Nord. 

En jaune, le terrain en friche, en rouge, le terrain de Ray-Mont Logistiques

Le terrain est situé à environ 100 mètres des maisons les plus proches, qui sont des coopératives d’habitation, dont certains des logements sont subventionnés, et d’autres adaptés pour les personnes vivant avec un handicap. Un CHSLD se trouve aussi à 120 mètres du site. Dans le voisinage immédiat se trouvent aussi des rues familiales occupées par des petits propriétaires, des ruelles vertes, un boisé et une friche fréquenté quotidiennement par les familles. 

Lorsqu’il a acquis le terrain en 2016, Ray-Mont Logistiques a rapidement entrepris des travaux pour la réhabilitation du site (qui est fortement contaminé) et détruit la friche et les boisés qui s’y trouvaient. Une grande butte a été construite pour faire écran au bruit causé par les travaux de réhabilitation.

Les habitant.e.s riverain.e.s ont été dès le départ dérangé.e.s par le bruit, et ont demandé à l’Arrondissement d’intervenir. Les citoyen.ne.s ont réussi à rassembler 6600 signatures dans le cadre du droit d’initiative, pour l’organisation d’une consultation publique sur l’avenir du secteur, qui s’est tenue en 2018

Au même moment, l’Arrondissement refusait de remettre à Ray-Mont Logistiques son permis de construire, jugeant que les activités prévues sur le site n’avaient pas leur place aussi près d’une zone résidentielle. L’entreprise a ensuite poursuivi la Ville pour l’obliger à émettre le permis et a obtenu gain de cause. La Ville en a appelé de la décision, mais la cour d’appel a confirmé le droit de l’entreprise en janvier 2021. L’Arrondissement a donc remis son permis à l’entreprise en avril 2021. Par ailleurs, RML a déposé une poursuite de 373 millions en dommages contre la Ville de Montréal.

La mobilisation citoyenne a pris de l’ampleur depuis ces annonces. Des manifestations se sont tenues, ainsi que différentes actions d’occupation des lieux (5 à 7, conférences, spectacle de cirque, randonnées guidées, blocages). Une pétition pour demander au ministre de l’environnement Benoit Charette d’user de son pouvoir discrétionnaire pour qu’il soumette le projet de RML à une étude d’impact menant à un BAPE a été déposée à l’Assemblée nationale. 8061 signatures ont été recueillies dans le cadre de cette pétition, qui a été appuyée par Québec solidaire et le Parti Québécois, par la Mairesse de Montréal Valérie Plante et le maire de l’arrondissement Pierre Lessard-Blais, ainsi que par tous les candidat.e.s à l’élection fédérale (dont la députée élue, Soraya Martinez Ferrada). 

Habituellement, toute gare de triage doit être soumise à une évaluation environnementale complète, toutefois, comme le terrain est zoné industriel, le promoteur pourrait ne pas avoir à s’y soumettre. Des membres de la mobilisation ont pu rencontrer le ministre en juin dernier, qui s’est montré ouvert mais a indiqué ne pas pouvoir agir tant que le projet d’opération ne serait pas déposé au ministère par l’entreprise. Pour l’instant, RML a les autorisations pour réhabiliter le site, l’asphalter et construire des rails. 

Il est important de noter que le projet de RML cadre tout à fait dans la vision « Avantage St-Laurent » du gouvernement de la CAQ. Il s’agit d’une forme d’expansion portuaire (dont le Port se défend toutefois), du développement d’une logisitique basée sur l’intelligence artificielle, et de la création d’emplois professionnels bien payés. La mobilisation se joint d’ailleurs avec d’autres groupes pour opposer à cette vision du St-Laurent, une vision d’un fleuve en commun

Par ailleurs, une des recommandations de l’Office de consultation publique était de mettre en place une instance de concertation permettant aux différents acteurs et aux citoyen.ne.s de discuter du développement de l’Éco-parc industriel. Cette instance de concertation est active depuis l’automne dernier, elle tient notamment des « comité de milieu », rassemblant industriels, administateur.trices publiques et citoyen.ne.s. Elle met aussi en place des « Groupes de travail thématique (GTT) » sur différents enjeux plus spécifiques.

Au cours de l’été, un Groupe de Travail Thématique réunissant des représentant.e.s de la Ville de Montréal, des représentant.e.s citoyen.ne.s et des représentant.e.s de l’entreprise a été formé dans le but de travailler sur des scénarios de mitigation qui permettrait l’implantation harmonieuse du projet de Ray-Mont Logisitiques dans le quartier. Le rapport du groupe de travail devrait être présenté en octobre 2021, mais les citoyen.ne.s qui participent au comité de milieu de l’instance ont déjà indiqué leur déception quant au processus du groupe de travail, notamment sur le fait qu’aucun.e expert.e n’a été consulté sur le projet, et que l’entreprise détienne un droit de veto sur les recommandations qui pourront être inscrite au rapport final. De plus, l’entreprise, qui s’était engagée à ne pas entamer de travaux majeurs sur son terrain avant la fin des travaux du GTT ne semble finalement pas avoir modifié son calendrier, travaillant à la réhabilitation du site tout l’été, provoquant d’importantes nuisances pour les habitant.e.s riverain.e.s, notamment lors de l’asphaltage d’une partie du terrains, où des nuisances sonores jusqu’à 80 db ont été émises.