Le terrain de Ray-Mont Logistiques

La description d’un lieu n’est jamais simple ni complète. Les lieux peuvent être définis d’une manière très cartésienne, méthodique et rationnelle mais les lieux sont aussi et surtout des espaces habités de multiples relations et expériences sensibles qui les constituent.  Nous aimons apprécier les lieux à partir des relations qui s’y tissent, de ce qui y fleurie et de ce qu’ils font émerger comme expérience plutôt que ce que l’on pourrait leur imposer.

Crédit photo : Renard Frak – François Plourde (2018)

Le terrain « de Ray-Mont Logistiques » n’appartient pas à Ray-Mont Logistiques. Rationnellement c’est un montage financier accumulant plusieurs dettes qui a permis à l’entreprise de prétendre en être propriétaire. C’est le palier municipal qui a la compétence de modifier le zonage de ce terrain. Malheureusement, l’entreprise a un « droit acquis » sur ce territoire non cédé.

Au départ, en 2016, l’Arrondissement refusait de remettre à Ray-Mont Logistiques son permis de construire, jugeant que les activités prévues sur le site n’avaient pas leur place aussi près d’une zone résidentielle. L’entreprise a ensuite poursuivi la Ville pour l’obliger à émettre le permis et a obtenu gain de cause. La Ville en a appelé de la décision, mais la cour d’appel a confirmé le droit de l’entreprise en janvier 2021. L’Arrondissement a donc remis son permis à l’entreprise en avril 2021. C’est à ce moment que l’entrepreneur a déposé une poursuite de 373 millions en dommages contre la Ville de Montréal.

Le terrain fait partie du grand projet d’écoparc industriel de la grande prairie, une vision développé par le service économique de la ville de Montréal qui fut auparavant nommé « cité de la logistique » sur le territoire Assomption-sud Longue-Pointe. Le nom Écoparc industriel de la grande prairie fait référence au ruisseau de la grande prairie canalisé et enfoui sur ce territoire. Une manière de lui rendre hommage tout en l’enfouissant sous l’asphaltes et les milliers de conteneurs qu’accueillera Ray-Mont Logistiques. Pourtant, le ruisseau ne demande qu’à resurgir.

Travaux sur le terrain en 2018

Le territoire Assomption-Sud Longue-Pointe, incluant le terrain de 2,5 millions de pieds carré de Ray-Mont logistiques, risque donc d’accueillir le pire projet industriel du monde en matière de cohabitation parmi 134 site étudiés selon l’Observatoire des milieux de vie de l’UQAM. Pourtant il a été et est encore le refuge de nombreuses vies qui émergent et y résistent.

Le projet de l’entreprise, qualifier de catastrophe pour les résident par l’entrepreneur lui même (11eme minute de la vidéo), est d’y imposer l’opération une plateforme de transbordement en activité 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Elle projette de pouvoir transborder 100 wagons chaque jour, ce qui impliquera 1000 déplacements de camions quotidiennement, et engendra bruits, vibrations, poussières, lumières, en plus d’attirer la vermine. 10 000 à 15 000 conteneurs seraient entreposés sur le site. Cette capacité à traiter 100 wagons par jour en ferait l’une des plus importantes plateformes de transbordement de marchandises en Amérique du Nord créant un immense îlot de chaleur à 100 mètres de coopérative d’habitations et du CHSLD Grâce Dart.

Face à ce projet, Les habitant.e.s riverain.e.s ont été dès le départ dérangé.e.s par le bruit des premier travaux de « réhabilitation », et ont demandé à l’Arrondissement d’intervenir. Les citoyen.ne.s ont réussi à rassembler 6600 signatures dans le cadre du droit d’initiative, pour l’organisation d’une consultation publique sur l’avenir du secteur, qui s’est tenue en 2018.

En 2021, la mobilisation citoyenne a pris de l’ampleur depuis ces annonces. Des manifestations se sont tenues, ainsi que différentes actions d’occupation des lieux (5 à 7, conférences, spectacle de cirque, randonnées guidées, blocages). Une pétition pour demander au ministre de l’environnement Benoit Charette d’user de son pouvoir discrétionnaire pour qu’il soumette le projet de RML à une étude d’impact menant à un BAPE a été déposée à l’Assemblée nationale. 8061 signatures ont été recueillies dans le cadre de cette pétition, qui a été appuyée par Québec solidaire et le Parti Québécois, par la Mairesse de Montréal Valérie Plante et le maire de l’arrondissement Pierre Lessard-Blais, ainsi que par tous les candidat.e.s à l’élection fédérale (dont la députée élue, Soraya Martinez Ferrada). 

Habituellement, toute gare de triage doit être soumise à une évaluation environnementale complète, toutefois, comme le terrain est zoné industriel, le promoteur pourrait ne pas avoir à s’y soumettre. De plus, il est important de noter que le projet de RML cadre tout à fait dans la vision « Avantage St-Laurent » du gouvernement de la CAQ. Il s’agit d’une forme d’expansion portuaire (dont le Port se défend toutefois), du développement d’une logistiques basée sur l’intelligence artificielle. La mobilisation est en solidarité avec d’autres groupes pour opposer à cette vision du St-Laurent, une vision d’un fleuve en commun.

Avant que Ray-Mont logistiques ne décide de tout raser sous prétexte de « réhabilitation », le lieu abritait une diversité impressionnante. Milieux humides, habitations éphémère, jeunes boisés urbains, lieux de rencontres et friche arbustive prenaient vie en plein cœurs des ruines de l’ancienne usine de la Canadian Steel Founderies (CSF).

Prairie fleurie au Nord-Est du terrain en 2018

La « réhabilitation environnementale » du terrain a été faite par encapsulage. L’encapsulage est une méthode qui laisse tout les contaminants sur place. Il suffit de les enfouir sous une couche de « sol propre » (du remblai de travaux routier généralement) et de recouvrir d’asphalte. L’objectif n’est pas de décontaminer mais bien d’empêcher le développement de la vie sur ce territoire meurtri par les industries passées. Pourtant, une des espèces qui prenait vie sur ce territoire est le saule, une espèce très régulièrement utiliser en phytoremédiation qui permet une décontamination des sols par les plantes. Voici ce que nous souhaitons. Ne pas enfouir les dégâts du passé. Ne pas répéter les mêmes erreurs. Sur ce territoire, il nous faut tisser des liens d’entraide entre humain et non humain comme la phytoremédiation et l’agriculture urbaine communautaire le permette. Il nous faut créer des lieux vivants et habitables.

La destruction du boisé Steinberg ne vient pas seule et engendre d’autres menaces sur les terrains avoisinant. Le boisé Steinberg, La friche ferroviaire, le boisé Vimont, l’antenne du CN et le boisé Grace Dart sont aussi menacés

Face à ces projets incohérents avec les défis sociaux et environnementaux et pour une justice climatique, la mémoire de ces lieux accompagnée de la vie qui s’y enracine actuellement nous invites à Résister et Fleurir!