Le boisé Steinberg

La description d’un lieu n’est jamais simple ni complète. Les lieux peuvent être définis d’une manière très cartésienne, méthodique et rationnelle mais les lieux sont aussi et surtout des espaces habités de multiples relations et expériences sensibles qui les constituent.  Nous aimons apprécier les lieux à partir des relations qui s’y tissent, de ce qui y fleurie et de ce qu’ils font émerger comme expérience plutôt que ce que l’on pourrait leur imposer.

Le boisé Steinberg n’est pas un nom « officiel ». C’est un nom d’usage choisi pour faire un clin d’œil au passé du terrain. Proposé par Renard Frack, un passionné d’histoire et du territoire qui a réalisé de nombreux documentaires permettant de retracer une mémoire du territoire. Ce nom rappel qu’il y a moins de 30 ans, cet espace maintenant boisé, était occupé par un entrepôt de l’épicerie Steinberg. Passé au feu, l’entrepôt fut détruit en 1995. Cela a laissé l’opportunité au territoire de renaitre de ses cendres sous la forme d’une friche arbustive maintenant devenu boisé urbain.

Cette résurrection à même permis à ce lieu de faire ressurgir partiellement le ruisseau de la grande prairie en la forme d’un milieu humide, caractérisé par canards illimités, permettant d’accueillir de nombreuses bernaches lors de leurs migrations et de nombreuses autres forme de vie.

De manière cartésienne, ce boisé est enclavé entre un développement industriel léger accueillant bureaux, escape game, microbrasserie et projet d’agriculture urbaine à l’Est, la rue Hochelaga au nord et les voies ferrées du CN au sud et à l’Ouest. La particularité et complexité de ce terrain est qu’il a été divisé entre 2 propriétaires et en 3 lots:

  • SQI 6231 028 qui appartient actuellement à Hydro-Québec,
  • SQI 6 254 913 et MTQ 6 231 029 qui appartiennent au gouvernement provincial. Ces terrains sont donc publics mais destinés à développer le prolongement du boulevard Asssomption si on ne fait rien.

Cette division sur papier, qui ne s’opère pas encore concrètement sur le territoire, permet plusieurs menaces sur les vies qui y résistent et qui y trouvent refuge.

Deux projets menacent le boisé Steinberg.

  • Le prolongement du boulevard Assomption et de la rue Souligny qui se justifierait selon les porteurs du projet par la fluidification du camionnage engendré par les activités du port et de Ray-Mont Logistiques.  Ce projet est un projet mené conjointement par le ministère des transports du Québec (MTQ) et la ville de Montréal pour connecter directement avec le viaduc aérien construit par le port de Montréal qui a pour objectif de faciliter l’importation et l’exportation mondiale de marchandises.

Pourtant, le boisé Steinberg abrite une diversité d’âmes et d’usages impressionnantes. Milieu de vie pour de multiples communautés, habitation et refuge pour personnes marginalisées parfois en situation d’itinérance, lieu paisible d’observation de la faune et de la flore qui accueille momentanément concerts et fêtes nocturnes, accès à la nature le temps d’un pique-nique familiale ou d’un feu de camp, le boisé Steinberg laisse place à de multiples usages et à une vie diversifiée importante qu’il nous faut considérer.

Favoriser la croissance de consommation énergétique et la création de nouvelles routes est une véritable menace pour la vie. Ces projets sont écocidaires et vont à l’encontre des recommandations du rapport de l’OCPM, des rapports du GIEC et des études scientifiques qui sonnent l’alarme pour faire face à l’urgence climatique.

La destruction du boisé Steinberg ne vient pas seule et engendre d’autres menaces sur les terrains avoisinant. Le boisé Steinberg, La friche ferroviaire, le boisé Vimont, l’antenne du CN et le boisé Grace Dart sont aussi menacés

Face à ces projets incohérents avec les défis sociaux et environnementaux et pour une justice climatique, la mémoire de ces lieux accompagnée de la vie qui s’y enracine actuellement nous invites à Résister et Fleurir!